Barkley Marathons : l’ultra-trail le plus extrême au monde

Les Barkley Marathons sont un ultra-trail extrême organisé chaque année dans le Frozen Head State Park au Tennessee, créé par Lazarus Lake (Gary Cantrell). La course impose 5 boucles de 32 km environ en terrain non balisé, hors-sentier, avec navigation carte et boussole, pour un total de 160 km et plus de 18 000 mètres de dénivelé à terminer en moins de 60 heures. Seuls 20 coureurs ont officiellement terminé depuis 1986. En 2024, Jasmin Paris est devenue la première femme finisher. En 2023, l’athlète français Aurélien Sanchez a réalisé l’exploit de boucler les 5 tours.

Ce que tu vas découvrir dans cet article :

  • Le format unique de la Barkley (boucles, Fun Run, temps limite)
  • Pourquoi cette course est considérée comme la plus difficile au monde
  • Les règles atypiques et traditions improbables
  • Comment fonctionne l’inscription (processus volontairement opaque)
  • Les repères marquants récents et les finishers historiques

Qu’est-ce que les Barkley Marathons ?

Les Barkley Marathons ne ressemblent à aucune autre course au monde. Créées en 1986 par Gary Cantrell, connu sous le pseudonyme de Lazarus Lake, elles se déroulent dans le Frozen Head State Park, une forêt dense et montagneuse du Tennessee. Le concept initial est né d’une provocation : Cantrell a voulu imaginer une épreuve tellement difficile que même les meilleurs ultra-trailers du monde échoueraient.

La course se compose de 5 boucles d’environ 32 kilomètres chacune, soit un total approximatif de 160 km. Le dénivelé cumulé dépasse 18 000 mètres (certaines estimations parlent de 20 000 mètres selon les années, car le parcours varie légèrement). Tout cela doit être accompli en moins de 60 heures, soit 12 heures par boucle.

Le Fun Run désigne l’option de ne faire que 3 boucles (environ 100 km) en 40 heures. Bien que considéré comme « moins difficile », le Fun Run reste une épreuve titanesque que très peu terminent.

Le terrain est entièrement hors-sentier : ronces, sous-bois épais, pentes abruptes, passages dans des rivières glacées, montées verticales. Aucun balisage. Les coureurs naviguent uniquement avec une carte et une boussole, en suivant des instructions cryptiques distribuées la veille du départ.

Pourquoi la Barkley est considérée comme l’ultra-trail le plus dur au monde

Un parcours non balisé en terrain hostile

Contrairement aux ultra-trails classiques qui suivent des sentiers balisés, la Barkley impose une navigation autonome en pleine forêt. Les coureurs traversent des zones où il n’existe aucun chemin : ronces de mûriers épaisses comme des murs, fougères géantes, arbres tombés, falaises à escalader, descentes glissantes dans la boue.

Le dénivelé équivaut à gravir deux fois l’Everest depuis le niveau de la mer. Mais ce n’est pas seulement la quantité : c’est la nature du terrain. Certaines montées atteignent des pentes de 60-70 %, où il faut s’accrocher aux branches pour progresser. Les descentes sont tout aussi brutales, avec risque permanent de chute.

Checkpoints et livres : une vérification unique

Pour prouver qu’ils ont bien suivi le parcours, les coureurs doivent atteindre une dizaine de checkpoints cachés dans la forêt. À chaque checkpoint se trouve un livre (souvent des ouvrages abandonnés dans des boîtes étanches). Le coureur doit arracher la page correspondant à son dossard et la ramener à l’arrivée.

Ces checkpoints ne sont pas évidents à trouver. Ils peuvent être cachés dans une grotte, au sommet d’une colline escarpée, derrière une cascade, ou dans les ruines d’une prison. Certains coureurs perdent des heures à chercher un seul livre.

Conditions météorologiques imprévisibles

La course a lieu fin mars ou début avril, période où le Tennessee peut subir neige, pluie glacée, canicule, brouillard dense ou grand soleil en l’espace de quelques heures. Les coureurs doivent se préparer à tout. Les nuits sont glaciales, les journées peuvent être étouffantes sous la végétation.

L’humidité constante transforme le terrain en bourbier. Traverser une rivière avec de l’eau à 5°C après 30 heures d’effort peut briser le moral des plus aguerris.

Isolement total et fatigue extrême

Pas de ravitaillements sur le parcours. Les coureurs portent leur nourriture, leur eau (sources naturelles disponibles mais non garanties), leur matériel de navigation, leurs vêtements de rechange. Chaque boucle ramène au camp de base où ils peuvent se ravitailler, mais le temps file.

Après 40-50 heures sans dormir, la désorientation mentale s’installe. Les coureurs voient des hallucinations, perdent la notion du temps, oublient où ils sont. Certains abandonnent simplement parce qu’ils ne savent plus où aller, même avec la carte en main.

Les règles atypiques et traditions de la Barkley

Départ au son de la conque

Le départ n’a pas d’heure fixe. Lazarus Lake allume une cigarette (ou une conque sonne) une heure avant le départ réel. Quand il allume une seconde cigarette, la course commence. Le départ peut avoir lieu à 7h, 9h, minuit, selon le bon vouloir de l’organisateur.

Les coureurs doivent toucher la porte jaune du camp (Yellow Gate) au début de chaque boucle et y revenir à la fin. S’ils ne partent pas dans les 60 secondes suivant le signal, ils sont disqualifiés.

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Frais d’inscription symboliques et tribut

Les frais d’inscription officiels sont de 1,60 dollars (en référence au nombre de kilomètres). Mais chaque participant doit apporter un « tribut » : une plaque d’immatriculation de son État ou pays d’origine (elles décorent le camp), et un vêtement (généralement une chemise) que Lazarus Lake portera ensuite.

Dossards limités et sélection mystérieuse

Seuls 40 coureurs maximum sont acceptés chaque année (parfois moins). La procédure d’inscription reste volontairement opaque. Il n’existe pas de site web officiel pour s’inscrire. Les candidats doivent envoyer un essai (essay) expliquant pourquoi ils méritent de participer, parfois accompagné d’une lettre de motivation ou d’anecdotes personnelles.

Lazarus Lake sélectionne les participants selon des critères qu’il ne révèle jamais clairement : expérience en ultra-trail, originalité de la candidature, humour, parfois simplement parce qu’il trouve la personne intéressante. Certains coureurs d’élite sont refusés pendant des années, tandis que des novices sont acceptés du premier coup.

Les candidats retenus reçoivent une « lettre de condoléances » les informant qu’ils ont été acceptés. Beaucoup ne savent jamais s’ils sont sur la liste jusqu’à quelques semaines avant la course.

Pas de GPS, pas de téléphone

L’utilisation de GPS ou d’appareils électroniques de navigation est strictement interdite. Seules les montres basiques (chronomètre, altimètre) sont tolérées. Les coureurs doivent maîtriser la carte et la boussole. Beaucoup emportent une lampe frontale et des piles de rechange pour les deux nuits qu’ils passeront dehors.

Les téléphones portables ne captent généralement pas dans la forêt. Certains coureurs en emportent pour l’urgence, mais ils sont inutiles pour la navigation.

Le mythe de la distance variable et autres confusions

Distance réelle : 160 km ou plus ?

Officiellement, la Barkley fait environ 160 km (100 miles). Mais la distance exacte varie chaque année car Lazarus Lake modifie légèrement le parcours. Certaines éditions auraient atteint 170-175 km selon les traces GPS (interdites mais parfois analysées après coup).

Le dénivelé annoncé de 18 000 mètres est également sujet à débat. Avec les montées et descentes répétées, certains estiment qu’il dépasse 20 000 mètres. L’important est que le chiffre exact n’a jamais vraiment d’importance : la Barkley est conçue pour être imprévisible.

Pas de site officiel ni d’informations claires

Il n’existe aucun site web officiel de la Barkley. Pas de page d’inscription en ligne, pas de règlement téléchargeable, pas de carte du parcours publiée. Tout se transmet de bouche à oreille, via des forums de coureurs, ou par contact direct avec Lazarus Lake.

Cette absence volontaire d’informations fait partie du défi. Les participants découvrent souvent les détails du parcours 24 heures avant le départ, lors d’un briefing où Lazarus Lake distribue les cartes et explique (vaguement) les checkpoints.

Confusion avec Barkley Fall Classic

La Barkley Fall Classic est une course différente, organisée également par Lazarus Lake dans le même parc, mais en automne. Elle est « plus facile » (50 km balisés avec ravitaillements), destinée à préparer les futurs candidats aux Marathons ou à satisfaire ceux qui veulent goûter à l’ambiance Barkley sans s’engager dans l’ultra-extrême. Ne pas confondre les deux.

L’inscription aux Barkley : un processus volontairement opaque

Contrairement aux ultra-trails commerciaux où l’inscription se fait en quelques clics, la Barkley cultive le mystère. Voici ce qu’on sait du processus, sans garantie car il évolue selon l’humeur de Lazarus Lake.

Période d’inscription incertaine

Il n’y a pas de date officielle d’ouverture des inscriptions. Généralement, les candidatures se font entre juillet et octobre pour la course de l’année suivante (mars-avril). Mais Lazarus Lake peut décider de fermer les inscriptions en août ou de les prolonger jusqu’en novembre.

L’essai (essay) obligatoire

Les candidats doivent envoyer un essai par email. Le sujet ? Expliquer pourquoi ils veulent participer, ce qui les qualifie, pourquoi Lazarus Lake devrait les choisir. Certains rédigent des essais de plusieurs pages, d’autres se contentent de quelques lignes. L’humour et l’originalité semblent appréciés.

Aucun critère de sélection n’est publié. Avoir terminé 10 ultra-trails de 100 miles ne garantit rien. Certains coureurs d’élite sont refusés, tandis que des novices avec une histoire intéressante sont acceptés.

La « lettre de condoléances »

Si tu es sélectionné, tu reçois une lettre t’informant que tu as été accepté. L’appellation « lettre de condoléances » reflète l’humour noir de Lazarus Lake : être accepté signifie que tu vas souffrir pendant 60 heures.

Les non-sélectionnés ne reçoivent généralement aucune réponse. Certains découvrent qu’ils sont refusés en voyant la liste des participants publiée quelques semaines avant la course.

Recommandations pour postuler

  • Envoie ton essai avant septembre pour maximiser tes chances.
  • Sois authentique : Lazarus Lake détecte les candidatures génériques.
  • Montre que tu comprends ce qu’est la Barkley (pas une course lambda).
  • Prouve ton expérience en ultra-trail, mais aussi ta capacité à naviguer hors-sentier.
  • L’humour et l’auto-dérision peuvent faire la différence.

Ne t’attends à aucune confirmation ni accusé de réception. Si tu veux vraiment participer, postule plusieurs années de suite.

Les finishers légendaires et éditions marquantes

Aurélien Sanchez : l’exploit français de 2023

En 2023, Aurélien Sanchez, ultra-trailer français spécialiste des courses extrêmes, est devenu le 17e finisher de l’histoire de la Barkley. Il a bouclé les 5 boucles en 59 heures et 28 minutes, soit 32 minutes avant la limite.

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Sanchez avait déjà tenté la Barkley en 2018 (abandon après 3 boucles) et 2022 (abandon après 4 boucles). Son succès en 2023 illustre l’importance de l’expérience : connaître le terrain, anticiper les pièges, gérer le mental sur la durée.

Cette édition 2023 a vu 5 coureurs terminer les 5 boucles, un record absolu. Les conditions météo étaient relativement clémentes, et plusieurs participants avaient déjà tenté la course les années précédentes.

Jasmin Paris : première femme finisher en 2024 🏆

En mars 2024, Jasmin Paris, ultra-traileuse britannique, est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à terminer les Barkley Marathons. Elle a franchi la ligne d’arrivée en 59 heures, 58 minutes et 21 secondes, soit 99 secondes avant la limite de 60 heures.

Paris, déjà connue pour avoir battu le record de la Spine Race (430 km en hiver au Royaume-Uni) tout en allaitant, a prouvé que les femmes pouvaient rivaliser sur les ultra-trails les plus extrêmes. Son finish a été salué mondialement comme un moment historique du trail.

Éditions sans finisher : la norme

Depuis 1986, la Barkley a connu de nombreuses éditions où aucun coureur n’a terminé. C’est arrivé en 2019, 2020, 2021, et plusieurs autres années. Sur 38 éditions (de 1986 à 2024), seules 18 ont vu au moins un finisher.

En 2020, aucun coureur n’a dépassé la 4e boucle. En 2021, un seul coureur (John Kelly) a tenté la 5e boucle mais a échoué à 6 heures de la fin. Ces échecs collectifs rappellent que la Barkley reste une épreuve où finir est exceptionnel, pas la norme.

Le documentaire « The Race That Eats Its Young »

Sorti en 2014, ce documentaire suit l’édition 2012 et plonge dans l’univers étrange de la Barkley. On y voit Lazarus Lake orchestrer le chaos, les coureurs se perdre dans la forêt, abandonner en pleurant, ou terminer totalement hallucinés.

Le titre (« La course qui dévore ses enfants ») résume bien l’esprit : la Barkley brise physiquement et mentalement même les athlètes les plus préparés. Le documentaire a largement contribué à la notoriété internationale de la course.

Pourquoi tant de coureurs échouent à la Barkley

Navigation : le piège principal

La majorité des abandons viennent d’erreurs de navigation. Se tromper de 500 mètres peut faire perdre 2 heures à chercher un checkpoint. Certains coureurs tournent en rond pendant des heures, épuisent leur temps limite, et abandonnent sans avoir terminé la boucle.

La carte fournie est parfois approximative. Les checkpoints changent légèrement de position d’une année à l’autre. Les points de repère (ruines, arbres remarquables) peuvent avoir disparu depuis la dernière édition.

Gestion du sommeil et hallucinations

Après 40 heures sans dormir, le cerveau commence à dysfonctionner. Les coureurs voient des animaux imaginaires, entendent des voix, confondent ombres et personnes. Certains s’endorment debout, trébuchent, tombent.

Faire une micro-sieste de 10-20 minutes peut sauver une course, mais chaque minute de repos réduit le temps disponible pour finir. Le dilemme est constant : dormir pour récupérer ou avancer pour tenir les délais ?

Conditions physiques extrêmes

Les blessures sont fréquentes : entorses de cheville dans les descentes boueuses, coupures aux mains et jambes dans les ronces, hypothermie après une traversée de rivière glacée, ampoules géantes aux pieds, tendinites aux genoux.

Porter un sac de 5-8 kg pendant 60 heures sur un terrain ultra-accidenté détruit le dos et les épaules. L’alimentation devient difficile : l’estomac se ferme, la nourriture passe mal, les nausées s’installent.

Les clés pour espérer finir la Barkley Marathons

Maîtriser la navigation hors-sentier

Entraîne-toi pendant des mois à naviguer en forêt avec carte et boussole. Participe à des courses d’orientation, des raids, des ultra-trails non balisés. La Barkley n’est pas une course de vitesse, c’est un test de navigation sous fatigue extrême.

Expérience en ultra-trail de 100 miles minimum

Avant de tenter la Barkley, tu devrais avoir terminé plusieurs ultra-trails de 100 miles (160 km) ou plus. Mais l’expérience de la distance ne suffit pas : il faut aussi savoir gérer le sommeil, les hallucinations, la douleur continue.

Condition physique irréprochable

Le dénivelé équivalent à deux Everest demande des jambes en acier et un cardio solide. Entraîne-toi sur du terrain montagneux, fais du renforcement musculaire (squats, fentes, gainage), habitue-toi aux longues descentes techniques.

Mental d’acier et capacité à souffrir

La Barkley brise le mental avant le corps. Tu dois accepter de souffrir pendant 60 heures sans répit. Pas de foule pour t’encourager, pas de médailles brillantes, juste la satisfaction personnelle de terminer ce que très peu ont accompli.

La Barkley Marathons, plus qu’un ultra-trail

La Barkley n’est pas une course comme les autres. C’est une épreuve où l’échec est la norme, où terminer relève de l’exploit historique. Avec ses règles atypiques, son organisation volontairement opaque, et son terrain impitoyable au cœur du Frozen Head State Park, elle incarne l’ultra-trail dans sa forme la plus pure et extrême.

Seuls 20 coureurs ont terminé en près de 40 ans. Aurélien Sanchez en 2023 et Jasmin Paris en 2024 ont marqué l’histoire. Mais chaque année, des dizaines d’athlètes parmi les meilleurs au monde échouent, rappelant que la Barkley reste insurmontable pour la quasi-totalité de ceux qui osent la défier.

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