L’intolérance au gluten regroupe plusieurs conditions distinctes dont les symptômes se chevauchent : la maladie cœliaque (réaction auto-immune), l’hypersensibilité au gluten (troubles fonctionnels) et l’allergie au blé. Si certains signes digestifs et extra-digestifs peuvent alerter, seul un bilan médical permet de confirmer le diagnostic. Attention : arrêter le gluten avant les examens fausse les résultats et retarde le diagnostic.
Ce que vous allez apprendre :
- Les 7 signes les plus fréquents d’une possible intolérance au gluten
- La différence entre maladie cœliaque, hypersensibilité et allergie
- Le parcours diagnostic à suivre (tests sanguins, biopsie)
- Les erreurs à éviter et les red flags qui imposent une consultation rapide
Qu’appelle-t-on réellement « intolérance au gluten » ?
Le terme « intolérance au gluten » est couramment utilisé mais recouvre trois réalités médicales différentes qu’il est essentiel de distinguer.
La maladie cœliaque est une pathologie auto-immune chronique déclenchée par l’ingestion de gluten chez des personnes génétiquement prédisposées. Le système immunitaire attaque la paroi de l’intestin grêle, provoquant une atrophie des villosités intestinales et une malabsorption des nutriments. Elle touche environ 1 % de la population et nécessite un régime sans gluten strict à vie.
L’hypersensibilité au gluten non cœliaque (ou sensibilité au gluten) correspond à des symptômes digestifs et extra-digestifs qui s’améliorent avec l’éviction du gluten, sans atteinte auto-immune ni lésion intestinale détectable. Cette condition reste débattue scientifiquement, car les symptômes peuvent également provenir d’autres composants du blé comme les FODMAP ou les fructanes.
L’allergie au blé est une réaction immunitaire de type IgE, différente de la maladie cœliaque, qui se manifeste rapidement après l’ingestion (minutes à heures) par des symptômes allergiques classiques : urticaire, œdème, difficultés respiratoires, voire choc anaphylactique dans les cas graves.
Ces trois conditions nécessitent des approches diagnostiques et thérapeutiques différentes. L’auto-diagnostic et l’auto-éviction du gluten sans confirmation médicale peuvent masquer une maladie cœliaque et retarder sa prise en charge.
Signe 1 : Troubles digestifs chroniques (diarrhée, constipation, ballonnements)
Les troubles digestifs constituent les symptômes les plus fréquents et les plus connus de l’intolérance au gluten, notamment dans la maladie cœliaque.
La diarrhée chronique est particulièrement caractéristique de la maladie cœliaque classique. Elle résulte de la malabsorption intestinale : les selles sont souvent abondantes, pâteuses ou graisseuses (stéatorrhée), et surviennent plusieurs fois par jour. Cette diarrhée persiste dans le temps et ne répond pas aux traitements symptomatiques habituels.
À l’inverse, certaines personnes présentent une constipation comme symptôme principal, parfois alternant avec des épisodes de diarrhée. Ce tableau est plus fréquent chez les enfants et peut être confondu avec un syndrome de l’intestin irritable.
Les ballonnements et le ventre gonflé sont quasi constants. L’abdomen est distendu, tendu, inconfortable, particulièrement après les repas contenant du gluten. Ces ballonnements s’accompagnent souvent de gaz intestinaux excessifs et de gargouillis.
Les douleurs abdominales complètent ce tableau digestif : crampes, spasmes, sensation de torsion, localisées ou diffuses dans tout l’abdomen. L’intensité varie de modérée à sévère et impacte significativement la qualité de vie.
Il est important de noter que ces symptômes digestifs ne sont pas spécifiques à l’intolérance au gluten. Ils peuvent également résulter d’un syndrome de l’intestin irritable, d’une intolérance aux FODMAP (glucides fermentescibles présents notamment dans le blé, l’oignon, l’ail), d’une maladie inflammatoire chronique intestinale ou d’autres pathologies digestives.
Signe 2 : Fatigue intense et persistante
La fatigue constitue l’un des symptômes extra-digestifs les plus invalidants de la maladie cœliaque et de l’hypersensibilité au gluten. Il ne s’agit pas d’une simple lassitude passagère, mais d’une fatigue chronique qui persiste malgré le repos.
Cette fatigue s’explique par plusieurs mécanismes dans la maladie cœliaque : la malabsorption des nutriments entraîne des carences multiples (fer, vitamines B, magnésium) qui altèrent la production d’énergie cellulaire. L’inflammation intestinale chronique et la réaction immunitaire permanente mobilisent également les ressources de l’organisme.
Les personnes décrivent une sensation d’épuisement dès le réveil, une difficulté à accomplir les tâches quotidiennes, un besoin de sommeil accru sans récupération réelle. Cette fatigue peut s’aggraver après la consommation de gluten, avec un effet retardé de quelques heures à quelques jours.
Chez l’enfant, cette fatigue se traduit par une irritabilité, une baisse de la concentration scolaire, un désintérêt pour les activités habituelles et parfois un retard de croissance associé.
Comme pour les troubles digestifs, la fatigue chronique peut avoir de multiples autres causes (hypothyroïdie, anémie non liée au gluten, syndrome de fatigue chronique, dépression, apnée du sommeil). Un bilan médical complet est indispensable pour identifier l’origine réelle.
Signe 3 : Anémie et carences en fer
L’anémie par carence en fer (anémie ferriprive) représente parfois la seule manifestation de la maladie cœliaque, particulièrement chez l’adulte. Elle résulte de la malabsorption du fer au niveau du duodénum et du jéjunum proximal, zones où l’atrophie villositaire est la plus marquée.
Cette anémie se caractérise par une pâleur cutanée et des muqueuses, un essoufflement à l’effort, des palpitations cardiaques, des vertiges et une aggravation de la fatigue. Les analyses sanguines montrent une baisse de l’hémoglobine, de la ferritine et du coefficient de saturation de la transferrine.
La particularité de cette anémie dans le contexte cœliaque est sa résistance à la supplémentation orale en fer. Malgré la prise de comprimés de fer pendant plusieurs mois, l’anémie persiste ou s’améliore peu, car le fer ingéré ne peut pas être absorbé correctement tant que l’intestin reste endommagé.
D’autres carences peuvent accompagner la carence en fer : vitamine B12 (avec anémie mégaloblastique et troubles neurologiques possibles), acide folique, vitamines liposolubles (A, D, E, K), calcium, zinc et magnésium. Ces carences multiples témoignent de l’étendue de la malabsorption.
Une anémie ferriprive inexpliquée, surtout si elle résiste au traitement ou récidive après arrêt de la supplémentation, doit systématiquement faire rechercher une maladie cœliaque, même en l’absence de symptômes digestifs.
Signe 4 : Perte de poids et dénutrition
La perte de poids involontaire est un signe d’alarme dans la maladie cœliaque, particulièrement dans sa forme classique. Elle résulte directement de la malabsorption intestinale : les nutriments (protéines, lipides, glucides) ne sont plus correctement absorbés et sont éliminés dans les selles.
Cette perte de poids survient malgré un appétit souvent conservé, voire augmenté. L’amaigrissement peut être progressif sur plusieurs mois ou plus rapide en cas de forme sévère. Chez l’adulte, une perte de plus de 5 % du poids corporel en quelques mois sans explication doit alerter.
Chez l’enfant, la manifestation est souvent un retard de croissance staturo-pondérale : l’enfant ne grandit pas ou ne grossit pas selon les courbes de croissance attendues pour son âge. Ce retard peut être le seul signe de la maladie cœliaque pédiatrique, avant même l’apparition de symptômes digestifs francs.
La dénutrition protéino-énergétique entraîne une fonte musculaire, une faiblesse générale, une perte de masse grasse et, dans les formes sévères non traitées, des œdèmes par hypoalbuminémie. Les examens biologiques montrent une baisse des protéines sanguines (albumine, préalbumine).
Tout amaigrissement inexpliqué associé à des troubles digestifs ou à une fatigue chronique justifie une consultation médicale rapide et un bilan complet incluant la recherche d’une maladie cœliaque.
Signe 5 : Manifestations cutanées (dermatite herpétiforme, aphtes)
La dermatite herpétiforme représente la manifestation cutanée spécifique de la maladie cœliaque. Il s’agit d’une éruption chronique caractérisée par des vésicules et des papules très prurigineuses (qui démangent intensément), localisées préférentiellement sur les coudes, les genoux, les fesses, le cuir chevelu et le dos.
Les lésions apparaissent par poussées, provoquent d’intenses démangeaisons qui précèdent souvent l’éruption visible, et laissent des cicatrices hyperpigmentées après guérison. Le diagnostic repose sur une biopsie cutanée montrant des dépôts d’IgA dans le derme. Environ 20 % des personnes atteintes de dermatite herpétiforme présentent des symptômes digestifs, mais toutes ont une atteinte intestinale à la biopsie, même silencieuse.
Les aphtes buccaux récidivants constituent un autre signe cutanéo-muqueux fréquent de la maladie cœliaque. Ces ulcérations douloureuses de la muqueuse buccale surviennent de façon répétée, souvent sans facteur déclenchant évident, et peuvent affecter significativement l’alimentation et la parole.
D’autres manifestations dermatologiques non spécifiques peuvent être associées : peau sèche, eczéma, psoriasis, vitiligo (dépigmentation), alopécie areata (chute de cheveux par plaques). Ces conditions auto-immunes sont plus fréquentes chez les personnes atteintes de maladie cœliaque.
Le régime sans gluten strict permet généralement la disparition complète de la dermatite herpétiforme en plusieurs mois et réduit la fréquence des aphtes.
Signe 6 : Symptômes neurologiques et troubles de l’humeur
Les manifestations neurologiques de la maladie cœliaque, bien que moins connues, peuvent être invalidantes et parfois précéder les symptômes digestifs.
La neuropathie périphérique se manifeste par des fourmillements, engourdissements, picotements ou sensations de brûlure dans les mains et les pieds (paresthésies). Ces symptômes résultent soit des carences en vitamines B (B1, B6, B12), soit d’une atteinte auto-immune directe des nerfs périphériques.
L’ataxie cérébelleuse (trouble de la coordination et de l’équilibre) représente la manifestation neurologique la plus spécifique de la maladie cœliaque. Elle se traduit par une démarche instable, des difficultés à coordonner les mouvements, des tremblements intentionnels. Le diagnostic repose sur l’IRM cérébrale et la recherche d’anticorps spécifiques.
Les troubles cognitifs incluent des difficultés de concentration, des troubles de la mémoire, un « brouillard mental » (brain fog) décrit comme une incapacité à penser clairement. Ces symptômes sont rapportés à la fois dans la maladie cœliaque et l’hypersensibilité au gluten.
Des troubles de l’humeur sont fréquemment associés : anxiété, dépression, irritabilité. Ils peuvent résulter à la fois de l’inflammation chronique, des carences nutritionnelles et de l’impact de la maladie sur la qualité de vie.
Les maux de tête récurrents et les migraines sont également plus fréquents chez les personnes cœliaques non diagnostiquées et s’améliorent généralement avec le régime sans gluten.
Signe 7 : Troubles de la fertilité et complications osseuses
Ces manifestations extra-digestives surviennent souvent dans les formes silencieuses ou peu symptomatiques de maladie cœliaque et peuvent être le motif de découverte.
Les troubles de la fertilité touchent les femmes et les hommes. Chez la femme, on observe une puberté retardée, des règles irrégulières ou absentes (aménorrhée), des difficultés à concevoir (infertilité), des fausses couches à répétition, un accouchement prématuré ou un retard de croissance intra-utérin. Chez l’homme, la maladie cœliaque peut entraîner une altération de la qualité du sperme.
L’ostéoporose et l’ostéopénie (diminution de la densité osseuse) résultent de la malabsorption du calcium et de la vitamine D. Elles exposent à un risque accru de fractures, parfois pour des traumatismes minimes. L’ostéoporose peut survenir chez des adultes jeunes, ce qui doit alerter.
Des douleurs osseuses et articulaires chroniques sont également rapportées, parfois étiquetées à tort comme de l’arthrose précoce ou des rhumatismes inflammatoires.
Ces complications soulignent l’importance d’un diagnostic précoce de la maladie cœliaque, avant l’apparition de séquelles irréversibles.
Comment confirmer le diagnostic sans se tromper
Face à un ou plusieurs de ces signes, la tentation est grande d’arrêter le gluten pour « tester ». C’est pourtant l’erreur à éviter absolument : l’éviction du gluten avant les examens fait disparaître les anticorps et normalise partiellement ou totalement les lésions intestinales, rendant le diagnostic impossible ou retardé de plusieurs mois.
Le parcours diagnostic recommandé commence par une consultation médicale. Le médecin évalue les symptômes, les antécédents personnels et familiaux (la maladie cœliaque a une composante génétique), et prescrit un premier bilan sanguin.
La prise de sang recherche les anticorps spécifiques de la maladie cœliaque : anticorps anti-transglutaminase tissulaire de type IgA (test le plus sensible et spécifique), anticorps anti-endomysium IgA, et parfois anticorps anti-peptides déamidés de la gliadine. Le dosage des IgA totales est également effectué car un déficit en IgA (fréquent chez les cœliaques) fausse l’interprétation.
Si ces anticorps sont positifs, une endoscopie digestive haute avec biopsies duodénales est généralement proposée pour confirmer le diagnostic en visualisant l’atrophie villositaire caractéristique. Chez l’enfant avec des anticorps très élevés, la biopsie peut parfois être évitée selon les nouvelles recommandations.
Pour l’hypersensibilité au gluten non cœliaque, le diagnostic est plus complexe : il n’existe pas de marqueur biologique spécifique. Il s’agit d’un diagnostic d’élimination posé après avoir exclu la maladie cœliaque, l’allergie au blé et d’autres pathologies, et constaté une amélioration nette des symptômes avec l’éviction du gluten.
Le test de réintroduction du gluten en aveugle (sans que le patient sache s’il consomme du gluten ou un placebo) permet de confirmer la sensibilité, car l’effet nocebo est fréquent dans ce contexte.
Différencier intolérance au gluten et syndrome de l’intestin irritable
Le syndrome de l’intestin irritable (SCI) partage de nombreux symptômes avec l’hypersensibilité au gluten : ballonnements, douleurs abdominales, troubles du transit, fatigue. Cette similitude entraîne de fréquentes confusions.
Des études récentes suggèrent que chez de nombreuses personnes se pensant sensibles au gluten, les symptômes proviennent en réalité des FODMAP (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles) ou des fructanes contenus dans le blé, et non du gluten lui-même.
Ces glucides à chaîne courte sont mal absorbés dans l’intestin grêle et fermentent dans le côlon, produisant gaz, ballonnements et inconfort. Le blé, l’oignon, l’ail, les légumineuses sont particulièrement riches en FODMAP.
Lorsqu’une personne évite le gluten, elle évite simultanément de nombreuses sources de FODMAP (pain, pâtes, biscuits), ce qui peut expliquer l’amélioration des symptômes sans que le gluten soit directement responsable.
Un régime pauvre en FODMAP supervisé par un diététicien peut être proposé aux personnes souffrant de SCI. Ce régime est moins restrictif qu’une éviction totale du gluten et permet souvent de réintroduire certains aliments contenant du gluten après une phase d’élimination.
Quand consulter en urgence : les red flags
Certains signes d’alarme nécessitent une consultation médicale rapide, car ils peuvent témoigner d’une maladie cœliaque sévère ou de complications :
- Amaigrissement important et rapide (plus de 10 % du poids en quelques semaines)
- Anémie sévère résistante au traitement oral
- Diarrhée profuse avec déshydratation
- Douleurs abdominales intenses et persistantes
- Vomissements répétés empêchant l’alimentation
- Signes neurologiques : troubles de l’équilibre, perte de coordination, engourdissements sévères
- Fractures osseuses survenant sans traumatisme important ou de manière répétée
- Infertilité ou fausses couches à répétition
- Symptômes chez l’enfant : retard de croissance, puberté retardée, irritabilité marquée
Ces situations justifient un bilan approfondi et rapide pour éviter des complications irréversibles.
Intolérance au gluten : adopter la bonne démarche diagnostique
Les 7 signes d’intolérance au gluten décrits dans cet article (troubles digestifs chroniques, fatigue persistante, anémie et carences, perte de poids, manifestations cutanées, symptômes neurologiques, troubles de fertilité et complications osseuses) doivent alerter et conduire à une consultation médicale, non à une auto-éviction du gluten.
La maladie cœliaque, l’hypersensibilité au gluten et l’allergie au blé sont trois conditions distinctes nécessitant des approches différentes. Seul un bilan médical avec prise de sang (anticorps anti-transglutaminase IgA notamment) et parfois biopsie duodénale permet de confirmer le diagnostic de maladie cœliaque.
Il est essentiel de poursuivre une alimentation normale contenant du gluten jusqu’à la réalisation complète des examens, sans quoi les résultats seront faussés. Le syndrome de l’intestin irritable et l’intolérance aux FODMAP ou fructanes peuvent mimer une sensibilité au gluten et doivent être envisagés dans le diagnostic différentiel.
Face à des symptômes persistants ou à des red flags, une consultation rapide permet d’éviter les complications et de mettre en place la prise en charge adaptée, qu’il s’agisse d’un régime sans gluten strict à vie (maladie cœliaque) ou d’autres approches thérapeutiques.
